[actu] Cameroun : les forces de l’ordre torturent et menacent les activistes

???????????????????????????????Tentatives de racket, dénonciations, harcèlement, cambriolages, coups, arrestations, assassinats… sont les armes utilisées pour tenter de déstabiliser et de réduire au silence les activistes qui dénoncent l’homophobie et luttent contre la répression de l’homosexualité au Cameroun.

[Repères] Le Cameroun est un pays qui a été colonisés par la Grande Bretagne, l’Allemagne et la France. Dans les année soixante, l’armée française à aider le régime à mener une opération de répression de grande ampleur : guerre psychologique, torture, exécutions sommaires…
En 1982, Paul Biya succède à Ahmadou Ahidjo à la tête de la République du Cameroun. Il est encore aujourd’hui au pouvoir.
En février 2008, un mouvement populaire contre le projet de modification de la constitution par Biya est réprimé dans le sang. En savoir plus.

La situation des personnes homosexuelles :

L’article 347bis du code pénal camerounais « puni d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende de 20 000 à 200 000 francs (CFA) toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe. »

« Les lesbiennes, les homosexuels, les hommes qui couchent avec les hommes, les femmes qui couchent avec les femmes, les hommes efféminés… tout cela est réprimé par la loi. (…) Ce sont des personnes animées par un esprit diabolique » Donatus Sembé, officier de gendarmerie en charge de l’arrestation de 7 hommes « en flagrant délit d’homosexualité et la prostitution » à Yaoundé en septembre 2014.

Roger Jean-Claude Mbédé, condamné en 2011 à 3 ans de prison pour homosexualité, est décédé le 10 janvier 2014. Il est mort après sa libération, isolé de sa famille et faute de ne pouvoir payer les soins dont il avait besoin. Il avait été reconnu coupable d’avoir envoyé par SMS « Je suis très amoureux de toi » à un autre homme.

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Eric Lembembe, militant de la cause homosexuelle, collaborateur de l’ONG Humans Right Watch a été torturé et assassiné en juillet 2013.   (En savoir plus.)

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Dans l’actualité récente, les persécutions continuent. Le 30 juin 2015, le domicile de la directrice du Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale a été cambriolé, énième acte d’intimidation à l’égard de militants contre la répression au Cameroun…

Lire Le potentat sexuel. À propos de la sodomie, de la fellation et autres privautés postcoloniales, article d’Achille Mbembe, dans le quotidien camerounais « Le Messager », en 2006.

Le président de Humanity First séquestré et arnaqué

Témoignage publié le 25 juin 2015.

Alors qu’il revenait d’un séjour en Europe, Jules ELOUNDOU, président d’Humanity Firstk s’est vu accusé d’homosexualité, après que ses amis venus l’attendre, aient été agressés, séquestrés par un sergent-chef de gendarmerie.

Il est un peu plus de 1 heure du matin, ce mercredi 24 juin, quand l’avion  transportant Jules ELOUNDOU  atterrit à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen. Celui-ci revient d’un séjour en Europe.
Il est alors interpellé par le sergent chef de gendarmerie, TAGNE Joël, qui lui fait comprendre qu’il a surpris deux  amis, venus l’attendre en train de s’amouracher.

Il demande alors à Jules, de lui verser la somme de 200 euros, afin qu’il n’intente pas une procédure judiciaire contre eux. L’un de ces amis, JP, fait des signes des yeux, insistants à Jules, pour lui demander de ne pas croire ce que ce sergent prétend.

Jules tombant de nue, balaie cette proposition, en répondant au sergent-chef qu’il n’a rien à payer, parce qu’il n’y comprend d’ailleurs rien, et qu’il n’a pas d’argent à donner. Devant les accusations  insistantes de TAGNE Joël, qui prétend toujours avoir surpris une scène d’amour entre JP et Gaël, les deux amis venus accueillir Jules, celui-ci répond au gendarme, qu’il connait les mœurs de JP, et quand bien même ces deux là seraient homosexuels, ce n’est a pas en public qu’il viendrait s’amouracher, car dit-il, « il y a le cadre privé pour le faire ! ».

Se rendant compte de la ferme résistance de Jules, TAGNE Joël change de ton, et accuse Jules d’être lui-même un homosexuel. Il retient alors les pièces d’identité de Jules, après avoir confisqué, quelques heures auparavant, celles de JP et Gaël. Jules entre alors dans une exaspération, et s’exclame à voix haute, « dans quel pays vit-on comme ça ? » devant une foule de voyageurs. Il dénonce des pratiques abusives et restrictives des libertés individuelles.

Face à cet énervement de Jules qui attire l’attention des usagers de l’aéroport, TAGNE Joel, le gendarme, se sentant humilié se met à sont tour à menacer Jules et ses amis, il les insulte avec des termes : « des sales pédés comme vous». Il les met  au défi « appelez qui vous voudrez ici; c’est moi qui commande. Je vous tue si je veux ! »

La tension monte alors d’un cran et Jules et ses amis sont retenus par le gendarme. Leurs pièces d’identité sont jetées et éparpillées au loin. Plus grave, le gendarme fait appel à ses collègues en renfort. Dans cette équipe constituée aussi de femmes, Jules et ses deux compagnons d’infortune essuient toutes les insultes dégradantes. Ils sont tenus d’être les responsables de toutes les tares de la Société camerounaise, car comme le déclare une d’entre eux : « C’est à cause des pédés comme vous que nous n’avançons pas professionnellement. Vous bloquez le pays, partout ! ».

Le mauvais film continue. Jules et ses amis, pris de cours, ne peuvent que compter sur leur fibre activiste pour résister à ce torrent d’acharnement et de persécution.

Même le taximan qui a conduit JP et Gale à l’aéroport est aussi accusé d’être homosexuel, car lui balance-t-on, « il faut être un pédé pour accepter transporter des pédés ».

Le cauchemar avait commencé quelques heures plus tôt, quand JP et Gaël qui font des tours au hall de l’aéroport, en attendant que l’avion, qui est en retard, atterrisse, sont interpellés par ce gendarme. Il leur demande de se présenter. Gaël à qui JP avait remis sa carte nationale d’identité, sort leurs pièces à tous les deux. Le gendarme lui demande alors pourquoi il détient la carte de JP, et de déduire, que « c’est parce que vous êtes un couple ». Il poursuit en disant « Vous ne saviez pas, mais je vous file depuis, et je vous ai vu vous amouracher ». Ce qui est complètement faux, puisque ces deux là, visitaient tout simplement les galeries dans l’aéroport.

TAGNE Joël, le gendarme, retiens alors leurs pièces d’identité, et les conduit dans un premier temps, dans une sorte de cellule, là à l’aéroport. Il  profère des injures.

Dévoilant ses véritables motivations visant à extorquer de l’argent, il propose, à JP et Gaël qui sont retenus, de les relâcher contre une somme de $274 (130.000 FCFA), que ces derniers devront demander à Jules,  dès son atterrissage. Une somme qui lui sera remise en échange de leur liberté.
Ayant décliné son offre, il s’en est suivi des injures de toutes sortes et des coups sévères en l’endroit des deux jeunes garçons et c’est manu militari que Mr le sergent TAGNE Joël les traine arguant qu’il allait les garder en cellule pour homosexualité. Il regrette d’ailleurs publiquement de ne pas avoir son arme sur lui, pour les éliminer.

Néanmoins, le gendarme se rue sur Gaël, le roue de coups, et le blesse sur plusieurs parties du corps, au bas des lèvres, et lui enfonce la jambe.
Malgré autant d’hostilité et de violences, le courage de Jules, militant convaincu des droits humains des LGBT, JP et Gaël ne cèdent pas. Leur ténacité en est certainement venue à faire vaciller TAGNE Joël, et tous ses collègues, puisque à 4 heures du matin, les trois victimes sont relâchées. Au passage, Jules aura perdu son téléphone, et le gendarme aura quand même réussi à les racketter en les faisant payer le parking à 3.000 FCFA (environ $6), pourtant institué à 500 FCFA (environ $1).

Une plainte collective des trois victimes a été déposée. Gaël qui a été blessé, a établit un certificat médical.  Par ailleurs, un avocat  a été saisi pour suivre ce dossier.

L’auteur de cet article est un militant pour les droits LGBTI au Cameroun.

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Cameroun: ‘Les forces de l’ordre torturent et menacent’

Publié le 27 juin 2015

Après l’incident du mercredi, quand le président de Humanity First Cameroun a été séquestré et arnaqué  par un gendarme, l’association a publié cette déclaration:

Face à tous ces cas de violences favorisés par l’article 347 bis du code pénal camerounais,  on en vient à se demander si les forces de l’ordre Camerounaises sensées garantir l’ordre et la sécurité des citoyens, sont conscientes de ces missions ? Ces dernières au contraire torturent et menacent de mort des personnes sans défenses mais aussi livrent les livrent à la vindicte populaire à leur guise.

Nous demandons donc aux autorités judiciaires que justice soit rendu, que les torts causés aux victimes soient réparés, et enfin que les responsables de ces actes sont punis conformément à la législation en vigueur.

Nous demandons aussi au gouvernement d’abroger cette article 347 bis qui sert de prétexte à toutes les formes de violation des droits de certaines personnes aujourd’hui au Cameroun et aussi qui restreint les libertés individuelles notamment celle de jouir librement de son orientation sexuelle et ce dans le respect des autres.

Informations trouvées sur le blog 76 crimes.

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